Retour d’expérience

Manager un réseau : connaissance de soi et reconnaissance des autres

2010-06-29T11:20:00+02:00

29.06.2010, 


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Le 22 juin dernier, la FFF conviait directeurs et animateurs de réseaux de franchise à réfléchir sur leur métier et à partager leurs expériences. Savoir-être et savoir-faire en matière de management, qualités innées et nécessité d’acquérir des compétences en formation… La notion de l’humain était au cœur des discussions. Bilan d’une journée de réflexion.

Manager un réseau de franchise
Crédits photo : Shutterstock.com
L’équilibre dans la relation entre la tête de réseau et le franchisé est difficile à atteindre.

Dépasser son appréhension pour accepter de changer

« Si la cause de la franchise est le commerce, son champ d’application est bien l’homme », c’est ainsi que Guy Gras, le Président de la Fédération Française de la Franchise a introduit le thème de l’humain au cœur du 5e colloque des directeurs et animateurs de réseaux. « En transmettant son savoir-faire, le franchiseur reproduit une relation intrinsèquement humaine qui dès l’enfance, lie un individu à ses parents ou à ses professeurs. »
Mais savoir manager n’est pas inné. Ce rôle central à toute entreprise s’apprend et commence d’abord par une meilleure compréhension et connaissance de soi-même : « La formation en développement personnel sert à mieux se connaître pour pouvoir s’adapter à tout type de situation et entrer plus aisément en phase avec les autres, c’est-à-dire les clients, les collaborateurs ou les fournisseurs. Elle est donc bénéfique à toute l’entreprise », souligne Marie-Denise Clarac, fondatrice du cabinet conseil Actes Signe. Développement de l’écoute, de la compréhension et de l’empathie… Les techniques comportementales comme la PNL (programmation neurolinguistique) agissent comme un révélateur d’identité et demandent une réelle remise en cause, comme l’explique Catherine Guittonneau, cofondatrice de La Mie Câline : « Ce type de formation recherche l’essence-même de l’individu et tente de le faire sortir du lui-même. Pour ceux qui sont habitués à diriger, il faut assez d’humilité pour pouvoir dépasser son appréhension et accepter de changer. Car ce n’est qu’en étant clair avec ses propres engagements que l’on peut guider ceux dont on a la charge. »


Le manager : l’équilibriste du réseau de franchise

Au-delà des qualités essentielles de communication, l’humilité est également nécessaire pour manager au quotidien : « Le bon manager, c’est celui qui est capable de recruter des gens qui un jour deviendront meilleurs que lui », explique Francis Laffay, fondateur de 3.comme1, qui a réalisé le module de formation pour les animateurs et directeurs de réseaux à la FFF. Mais cette qualité ne suffit pas car l’équilibre dans la relation entre la tête de réseau et le franchisé est difficile à atteindre. « L’animateur de réseau de franchise doit arriver à manager sans relation hiérarchique. Pour créer une véritable vision d’équipe et une cohésion, il faut bien connaître ses collaborateurs, sans toutefois tomber dans le piège de l’affect, qui empêche de jouer pleinement son rôle », explique Sophie Gucciardi, responsable Ressources Humaines et Franchise chez Irrijardin. Une fois qu’une mauvaise posture est installée, il est très difficile de revenir en arrière. Certains animateurs ont également tendance à commettre l’erreur de faire à la place du franchisé. Or la transmission du savoir-faire exige d’échanger avec le franchisé et de le persuader du bien-fondé des préconisations.

Gestion de profils hétérogènes : fédérer pour faire passer ses idées

Différences entre le premier cercle de franchisés et le reste du réseau, entre les anciens et les nouveaux entrants… Un réseau de franchise ne sera jamais totalement homogène. Le manager du réseau doit donc savoir transmettre un savoir-faire collectif unique tout en s’adaptant aux besoins de chacun. « Dans un réseau, certains aspects doivent être hétérogènes : on ne gère pas de la même façon un personne à la tête de 30 unités et une autre qui n’en dirige qu’une. Mais il faut savoir rester homogène sur tout ce qui a trait au concept », résume Denis Séguier, directeur Europe du réseau Midas. Il détaille ainsi sa manière de manager : « Au quotidien, je passe 60 % de mon temps à faire de l’animation globale sur le savoir-faire, 20 % à contrôler sa bonne application et 20 % à faire de l’animation particulière, sur le savoir-être. » L’animateur de réseau doit également travailler à la cohésion du groupe de franchisés. Parmi les réseaux présents, plusieurs leviers ont été identifiés :
- La formation initiale à durées variables garantit un niveau égal entre les franchisés selon leurs profils.
- Les réunions régionales qui permettent à chacun de parler de ses expériences et améliore la solidarité du réseau. Dans ce cadre, les anciens franchisés peuvent jouer un rôle plus important et partager leurs pratiques avec le réseau.
- Les commissions dans lesquelles les franchisés peuvent jouer un rôle consultatif. « En participant aux commissions, le franchisé comprend qu’il est difficile de faire fonctionner un réseau, de diffuser une idée. Le but est de leur faire toucher du doigt la complexité du métier de la tête de réseau, de manière à prévenir les éventuelles dissensions dans le réseau », explique Catherine Guittonneau de La Mie Câline.
- La certification qualité qui exige de mettre tous les franchisés du réseau sur un même niveau d’exigence.


La vision du philosophe : l’entrepreneur et l’Homme

La journée s’est clôturée par l’intervention d’Heinz Wismann, directeur d’études à l’EHESS. Le philosophe et philologue s’est attaché à décrire les notions d’homme et d’entrepreneur à travers l’histoire. Il distingue 3 types d’hommes. L’homme archaïque, qui existe depuis l’origine du monde, base ses attentes sur l’expérience de ses ancêtres, retranscrite dans les mythes fondateurs. Son horizon d’attente ne dépasse pas l’horizon d’expérience. Il se pose en héritier et est incapable de se projeter au-delà de ce qui a déjà été entrepris.
Ce schéma n’est dépassé qu’à partir de la Renaissance italienne. A travers l’émergence des utopies, naît un nouveau genre d’homme. Guidé par un but rationnel qu’il s’est façonné, l’homme met ses compétences au service d’initiatives nouvelles.
L’homme moderne, lui, s’inspire des artistes parisiens de la bohême au XIXe siècle. Oisifs, ils deviennent les créateurs d’eux-mêmes et refusent de se soumettre à un projet qui ne leur appartient pas. Ce type d’homme est caractérisé par la réactivité, la capacité de se réinventer sans arrêt et de prendre des décisions sur l’instant, ce qui lui donne une valeur charismatique.
Ces trois visions différentes de l’homme cohabitent dans notre société. L’entrepreneur, comme les artistes, est capable de sortir du rang pour se forger son propre destin et mener des hommes. Pour ce faire, il aura besoin de les reconnaître, c’est-à-dire de à la fois de les connaître et d’admettre que la différence de l’autre constitue un apport positif à l’œuvre commune.

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