Etude de cas

Outils de dialogue : une fédération de franchisés multi-marques chez Accor

2011-04-20T16:33:00+02:0020.04.2011, 


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Créée en décembre 2010, la Fédération des franchisés Accor (FFA) remplace l'association du même nom. Chapeautant les organisations monomarques du groupe, la FFA traite exclusivement des sujets transversaux à l'ensemble des marques Accor.


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Pascal Donat, franchisé Accor multimarques à Lyon et co-président de la FFA.

Peser davantage

Une première

Midas, Quick, Guy Hoquet L'immobilier... Quel que soit le secteur, les associations de franchisés sont légions. Mais une fédération est une première. Et cette innovation en matière de dialogue entre franchiseur et franchisés, la Fédération des franchisés Accor (FFA) entend bien la faire connaître : conférence de presse, création d'un site internet, contrat avec une agence de communication... Le lancement s'est fait en grande pompe.


Se professionnaliser

La FFA remplace désormais l'Association des franchisés Accor, créée en 1996, et regroupant tous les hôteliers, quelle que soit la marque représentée. Ce nouveau statut juridique ne permettrait pas grand chose de plus dans les faits, si l'objectif que se sont fixé ses deux présidents n'était pas si ambitieux : « Dans notre métier qui se complexifie, nous avions besoin d'une approche plus professionnelle », explique Pascal Donat, franchisé Accor multimarques à Lyon et co-président de la FFA avec Patrick Jacquier. « Les sujets transversaux multi-marques tels que le marketing ou Internet gagnent en importance. Par ailleurs, nous ressentons un besoin de communiquer sur nos métiers. En tant que fédération, se faire entendre auprès des médias, des politiques, des syndicats sur l'actualité économique et sociale de notre secteur est plus facile. »


Accompagnement du franchiseur

La création de ce nouvel espace d'échanges a été largement soutenue par la tête de réseau. « Quand je suis arrivé au sein du groupe, l’Association des franchisés Accor préparait un renouvellement de ses représentants, précise Christophe Alaux, directeur général hôtellerie France. Au même moment, certains franchisés, qui s'occupaient des associations par marque depuis des années (ndlr : Association des franchisés Ibis, Association des franchisés Formule 1 Etap Hotel...), voulaient passer la main. Nous avons donc travaillé ensemble en totale confiance. Par ailleurs, notre souhait est d'augmenter notre parc de 50 hôtels par an, dont 40 en franchise. Clarifier les lieux d'échange était nécessaire afin que cela ne se termine pas en un brouhaha général. »



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Christophe Alaux, directeur général hôtellerie France.

Stratégie multi-marques

Au-dessus des marques

Ce nouvel organe ne remplacera pas les associations par marque, en place depuis plusieurs décennies, pas plus qu'elle ne les fusionnera. « 90 % des débats auront lieu dans ces regroupements. La FFA sera un lieu supplémentaire de dialogue traitant uniquement de thèmes communs à toutes les marques », rassure Christophe Alaux.


Fonctionnement

Dotée d'un conseil d'administration de 12 membres, représentant toutes les enseignes, chacune selon son poids économique dans le réseau, la fédération dispose d'un budget de 750 000 euros, provenant des cotisations des franchisés. « Notre secrétaire générale assiste à l'ensemble des réunions associatives, puis remonte à la fédération les sujets transversaux », précise Pascal Donat. « Cela amène une continuité et une méthodologie dans nos travaux ». Au sein de la FFA, des commissions paritaires se réuniront plusieurs fois par an pour plancher sur les problématiques liées aux achats, à l'informatique, à la gouvernance de la franchise, au développement durable, à la distribution, au marketing... Et une convention annuelle multi-marques réunira l'ensemble des franchisés pour évoquer l'actualité de la fédération.


Maître Nicolas Nadal
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Maître Nicolas Nadal, avocat.

Au-delà des principes, quelle réalité ?

Une culture de marques

Créée en décembre 2010, la FFA espère réunir les 742 franchisés du réseau Accor France (chiffres octobre 2010). En se plaçant au-dessus des marques, ne risque-t-elle pas de s'éloigner de sa base ? Cet échelon supplémentaire profitera-t-il réellement au dialogue entre franchiseur et franchisés ? Pour Me Serge Méresse, avocat associé au sein du cabinet TBM, spécialiste de la défense des franchisés mais non-impliqué dans ce dossier, « la culture autour de la marque est très tribale. Même quand elles appartiennent à un même groupe, les marques sont en concurrence entre elles : ni les formats d'entreprise, ni les contraintes financières ne sont les mêmes pour le patron d'un hôtel Ibis et celui d'un Mercure. »


Un équilibre difficile

Si elle veut favoriser le dialogue entre franchiseur et franchisés, la fédération devra éviter deux écueils. « S'il y a une atomisation des discussions et des intérêts, elle risque de n'être qu'un interlocuteur supplémentaire », souligne Me Nicolas Nadal, avocat associé au sein du cabinet Juripole Avocats. Ce nouvel organe ne doit pas non plus devenir le porte-voix du franchiseur. « La fédération n'a qu'un but de représentativité. Elle est un relais d'information, une aide à l'échange mais elle ne doit devenir ni un tiers, ni un substitut dans la relation entre franchiseur et franchisé », explique ce spécialiste des entreprises en réseau. Une place délicate dont il faudra tracer les contours avec le temps.