Commerces

Redynamiser les centres-villes, une cause perdue ?

2017-12-27T06:00:00+02:0027.12.2017, 


imprimer

Un magasin vide sur dix en moyenne en France… Depuis des décennies, les rideaux de fer tombent les uns après les autres sur les vitrines de centre-ville. Elus locaux, parlementaires et gouvernement veulent renverser la vapeur. Mais est-ce trop tard ?

Dynamisme des centres-villes
Crédits photo : Dziorek Rafal / shutterstock.com

« Entre 900 et 1000 centres-villes sont en très grande difficulté et une quarantaine au bord du gouffre. Certains cœurs de villes deviennent des mouroirs après 19 heures, arrêtons le massacre !», s’est exclamé Patrick Vignal, député LRM de l’Hérault et président de Centre-Ville en mouvement à l’occasion d’une conférence de presse de l’association, le 7 décembre dernier. « Urgence », « chevet », « poumons manquant d’oxygène »… Avec sa métaphore filée médicale, l’élu interpelle l’Etat pour faire des centres-villes la grande cause nationale 2018. Il y a urgence. Le taux de vacance commerciale ne cesse de grimper : il est passé de 6,1 % en 2001 à 10,4 % en 2015, selon un rapport de l’Inspection générale des finances et du Conseil général de l’environnement et du développement durable. Les plus sinistrées sont les villes moyennes de moins de 100 000 habitants : 55 % d’entre elles avaient un taux supérieur à 10 %, contre seulement 27 % des grandes agglomérations. Ce sont donc elles que le gouvernement a ciblé en annonçant un plan pour 2018. Insuffisant pour les élus locaux comme les sénateurs Rémy Pointereau (LR, Cher) et Martial Bourquin (PS, Doubs) qui travaillent sur le sujet de la revitalisation des centres depuis plusieurs mois et qui enjoignent le gouvernement à n’oublier aucun territoire.


Centre-ville mon amour

A en croire le deuxième baromètre CSA des centres-villes, 59 % des Français (64 % des 18-25 ans) sont attachés à leur cœur de ville. Mais seuls 32 % d’entre eux jugent leur centre-ville dynamique. Pourquoi le boudent-ils? « La France supporte les conséquences de son histoire, de ses villes construites autour d’un centre historique, un château, une église, qui ne vont pas dans le sens des consommateurs. Ces derniers ont besoin d’un accès simple, des équipements modernes type parking et des réseaux pour se connecter », explique Eric Plat, président de la Fédération du commerce associé (FCA). Un constat partagé par Emmanuel Le Roch, délégué général de Procos. « Le problème des centres-villes est la baisse globale de l’activité. Ils étaient autrefois un écosystème avec des services administratifs, des logements. La construction d’habitations en périphérie a changé les habitudes globales. Les commerces périphériques sont devenus les commerces de proximité », souligne-t-il.

Et les magasins de centre-ville n’ont pas fini de manger leur pain noir. L’an dernier, le volume des surfaces commerciales autorisées a augmenté de 22 % - dont 90 % ont été installées en périphérie - quand le pouvoir d’achat n’a augmenté que de 1,6 %, selon l’Insee. Pour interpeller les pouvoirs publics, l’association Centre-ville en mouvement réclame la déclaration par l’Etat d’un moratoire d’une année pour l’extension des zones commerciales périphériques. Pour Eric Plat comme pour Emmanuel Le Roch, opposer centre et périphérie est un non-sens. « Dans les petites villes sans activité, les commerces en périphérie souffrent, eux aussi », souligne Eric Plat.


Ces petites dont le cœur bat

Procos a montré dans un palmarès sur les villes les plus dynamiques de France en janvier 2017 qu’il n’y a en fait pas de fatalité. De petites cités comme Saint-Lô, Lons-Le-Saunier, Bastia, Gap ou Bayeux réussissaient à faire battre leur cœur de ville. Idem pour les villes moyennes comme Colmar, Annecy, Chartres, La Rochelle et Caen. Citons, parmi leurs atouts, une population urbaine avec un bon pouvoir d’achat, une masse de commerces critique et une bonne accessibilité.

Mais que faire des villes dévitalisées ? « Il faut repartir à zéro, estime Emmanuel Le Roch. Donner envie, mettre en avant l’histoire, le patrimoine. Il faut redéfinir le bon périmètre en concentrant les efforts sur une zone plus réduite pour une meilleure dynamique. Il est essentiel aussi de retravailler l’accès au stationnement avec une bonne gestion tarifaire des parking ». Un point de vue partagé par la FCA qui appelle aussi à créer des zones franches pour réduire les coûts d'implantation. « Certaines villes vont devoir développer le tourisme, d’autres jouer la carte de l’industrie. Et il faut que les municipalités se dotent de managers de centre-ville, des "patrons" à l’image de ceux des centres commerciaux qui connaissent bien leur sujet. Tout ne se fera pas en un claquement de doigt : il a fallu 20 ans à Bordeaux pour se développer !»

En déplacement à Cahors le 14 décembre dernier, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé que l'Etat mobiliserait 5 milliards d'euros sur 5 ans pour redynamiser les centres-villes.