Stratégies solidaires

Transmission d’entreprises : les coopératives s’arment d’outils financiers

2012-10-17T08:42:00+02:0017.10.2012, 


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La concurrence accrue autour des emplacements force les groupements du commerce associé à inventer de nouvelles solutions pour favoriser le passage de relais des entrepreneurs à la nouvelle génération. Petite leçon de solidarité financière avec Atol, E. Leclerc et Intersport.


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La transmission, enjeu majeur du commerce associé

Avec une progression de 1 246 unités1 l’année dernière, soit une croissance supérieure à 2010 de 8,3 %, les 142 enseignes du commerce associé étendent leurs réseaux sur le territoire français. En 2011, 1 282 entreprises adhérentes de groupements ont fait l’objet d’une reprise, ce qui représente 65 % de plus par rapport à 20102. Et la tendance devrait s’amplifier : 1 742 entreprises pourraient ainsi être cédées à un repreneur dans le courant de l’année. La transmission d’entreprise se révèle donc une problématique essentielle à la pérennité des groupements, d’autant plus que la concurrence sur les emplacements s’intensifie. Pour relever ce défi, la plupart des réseaux de commerce associé ont mis en place un droit de préemption leur permettant de refuser que le point de vente parte à la concurrence, voire même d’imposer un repreneur au cédant.


Les filiales financières : l’exemple d’Atol

En 42 ans d’existence, le groupement d’opticiens indépendants Atol a développé en France un réseau de 800 points de vente. En septembre 2010, l’enseigne a créé « L’Archipel des Opticiens », structure à travers laquelle les associés du groupement peuvent investir pour permettre à un jeune opticien de s’installer en acquérant une unité du réseau. « 2 000 jeunes obtiennent leur diplôme d’opticien chaque année, mais peu disposent de fonds propres suffisants pour s’installer », explique Eric Plat, PDG d’Atol. « Pour mailler plus efficacement le territoire et empêcher les emplacements stratégiques de partir à la concurrence, Archipel apporte entre 20 et 49 % du capital nécessaire à la reprise du magasin », explique-t-il. « En 7 ou 8 ans, l’entrepreneur peut racheter la totalité des parts, pour devenir l’unique propriétaire de son entreprise. » En juin, Atol avait ainsi aidé une dizaine de projets à voir le jour3, notamment pour conquérir les centres commerciaux, dont les emplacements sont particulièrement honéreux. Comme Atol, un groupement sur deux dispose d’une filiale financière1 qui intervient dans le financement de projets via des prises de participation, des garanties ou encore des prêts participatifs.



Le parrainage par des membres du réseau chez E. Leclerc


Avec plus de 550 super et hypermarchés en France, E. Leclerc réalisait en 2011 un chiffre d'affaires de 37,8 milliards d'euros. Cette année, l'enseigne prévoit d'ouvrir 116 points de vente supplémentaires. Instauré depuis plus de 50 ans au sein du groupement, le parrainage permet à un jeune entrepreneur qui bénéficie d’une expérience importante dans la distribution de bénéficier du soutien moral, technique et financier d’un ou de plusieurs membres du groupement. « Le parrainage permet de former et de donner aux jeunes les moyens de s’installer », explique Alain Bouteiller, propriétaire du magasin de Rueil-Malmaison (92) et membre de la commission de finances du réseau. En 32 ans passés au sein d’E. Leclerc, l’entrepreneur a parrainé près d’une soixantaine de projets. Le principe est simple : un parrain principal se porte garant de la bonne marche de l’entreprise de son filleul aux yeux du groupement, mais aussi des banques. Deux à cinq parrains secondaires peuvent également apporter leur appui, selon la taille de société reprise. L’entrepreneur doit s’appuyer sur eux au quotidien pour régler les différents problèmes auxquels est confronté son point de vente, et il doit leur présenter les comptes annuels de la société. « Le risque est réparti entre le parrain principal et les parrains secondaires. Le parrain principal accepte de prendre plus de risque que les autres. On mutualise les outils, mais on ne dilue pas la responsabilité », précise Alain Bouteiller.
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1 Source : les résultats annuels du Commerce Associé, publiés par la FCA le 21 mai 2012.
2 773 entreprises du commerce associé ont été cédées en 2010.
3 Source : article des Echos « Atol finance l’expansion de son réseau », 25 juin 2012

Pour accompagner les transmissions les plus importantes, qui comptent par exemple plusieurs points de vente, chacune des 16 centrales régionales du groupement E. Leclerc s’est dotée d’une société d’expansion régionale détenue par l’ensemble des coopérateurs de la région, au prorata du chiffre d’affaires de leur société. « Elle intervient dans le capital de l’entreprise, le temps que le projet atteigne sa vitesse de croisière », spécifie Alain Bouteiller. Une commission régionale se charge alors d’auditer tous les bilans de l’entreprise. Comme E. Leclerc, 17,4 % des groupements1 pratiquent un parrainage financier inter-associés.

Jacky Rihouet, président d'Intersport
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Jacky Rihouet, président d'Intersport depuis juin 2010.

L’Offre Préalable de Vente (OPV) au sein d’Intersport

Avec 600 points de vente réalisant 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2011, Intersport est un des poids lourds du secteur du sport et des loisirs. Le groupement s’agrandit chaque année d’une trentaine de points de vente et ambitionne d’atteindre 1,9 milliard d’euros de chiffres d’affaire dans 5 ans. Pour faciliter les transmissions d’entreprise en cas de désaccord sur le prix de vente, le groupe a mis en place l’offre préalable de vente (OPV). A travers cette convention, le cédant s’engage à faire au groupement une offre prioritaire de vente du fonds de commerce, à un prix déterminé par un expert. « Nous utilisons l’OPV dans le cadre d’un développement très défensif, comme une assurance pour conserver notre périmètre », prévient Jacky Rihouet, le président d’Intersport. A ce jour, 92 % des adhérents ont adopté la mesure. Contrepartie importante, ce dispositif s’accompagne d’une politique de développement basée uniquement sur les ressources internes, de manière à ne pas être « opéable »2. Les associés du groupement ont ainsi été autorisés à ouvrir plusieurs magasins : « Un adhérent peut peser aujourd’hui jusqu’à 7 % du chiffre d’affaires annuel du groupe », assure Jacky Rihouet.


La Socorec, un outil de financement inter-groupements

Créée en 1963 par des groupements adhérents de la FCA, la Socorec est un outil mutualisé apportant des solutions pour le financement de créations, de rénovations et de transmissions. En 2011, 128 millions d’euros ont été versés, soit près de 20 % de plus qu’en 2010. 400 entrepreneurs ont ainsi bénéficié de prêts directs ou cautionnés. Cette année, 130 millions d’euros devraient être prêtés, pour favoriser le développement des 41 groupements associés.


Propos recueillis aux 11e Rencontres du commerce associé

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1 Source : les résultats annuels du Commerce Associé, publiés par la FCA le 21 mai 2012.
2 NDLR : qui ne peut faire l'objet d'une offre publique d'achat (OPA).