Interview

J. Leporatti (Génération Responsable) : « Réaliser des économies avant d’engager des dépenses !»

2009-12-11T11:47:00+02:0011.12.2009, 


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Comment sensibiliser les réseaux au développement durable ? Quels sont les moyens et les difficultés rencontrés par les entreprises ? Autant de questions auxquelles Jocelyne Leporatti, présidente du Club Génération Responsable, tente de nous répondre. Son association réunit 50 enseignes sur les 1500 existantes. Consciente du travail qu’il lui reste à accomplir, Jocelyne livre une vision de la situation objective et sans concession

Jocelyne Leporatti
Crédits photo : D.R

Quelles sont les mesures à prendre pour un réseau qui souhaite s’engager dans une politique de développement durable ?

La base reste l’honnêteté. L’enseigne doit savoir reconnaître ses lacunes, admettre qu’elle n’est pas vertueuse. Une fois ce postulat posé, l’entreprise peut s’engager dans un programme et communiquer sans avoir peur d’être piégée.
La première étape passe par la sensibilisation du personnel et de ses collaborateurs. Après vient le temps de la formation, avant le travail l’efficacité énergétique : l’éco-conception du point de vente l’isolation du bâtiment, l’eau, le tri des déchets… Quand une entreprise met un doigt dans le développement durable l’engrenage est immédiat.


S’engager dans le développement durable, est-ce coûteux, voire inaccessible pour les réseaux ?

Attention : on ne demande pas aux enseignes de restructurer tout d’un coup ! Dans un premier temps, nous préconisons ces méthodes aux nouveaux points de vente. Ensuite, si elles jugent ces mesures efficaces, elles pourront entreprendre des actions pour leurs locaux actuels. Les réseaux décident de s’impliquer totalement quand ils peuvent communiquer un retour sur investissement.


Quels sont les freins à cette démarche ?

Aujourd’hui, deux principaux éléments ralentissent la mise en place de politique de développement durable dans les entreprises : le coût et l’absence de cadre législatif. Tout repose sur la bonne volonté des présidents de groupes. C’est eux qui décident d’impliquer ou non leur réseau. Beaucoup souhaitent s’impliquer dans cette logique éthique mais ne savent pas comment.


« Associer équilibres économique et écologique »


Certaines difficultés sont-elles propres à la franchise ?

La multiplicité des intervenants. Dans un réseau, il faut d’abord convaincre le président, son staff, les franchisés, leurs employés dans les points de vente et enfin, les clients. Là encore, un cadre légal devient plus que nécessaire. Nous souhaitons inclure une clause développement durable dans les contrats de franchise.


Quel discours tenir pour que les coûts ne soient pas un obstacle ?

Nous essayons de prendre le problème dans l’autre sens. Le premier module que nous proposons, revient à faire des économies. Le discours est le suivant : avant que ça vous coûte, réduisez d’abord vos dépenses. Cela passe par des mesures simples qui mènent à une réduction des factures énergétiques. Il s’agit de gestes simples comme éteindre son ordinateur, ne pas garder les portes ouvertes avec une climatisation ou un chauffage, ce qui n’empêche pas le client d’entrer plus facilement dans la boutique ! L’investissement pour la tête de réseau ne peut subvenir que si l’équilibre entre bénéfices économiques et écologique est établi.


Pouvez-vous nous éclairer sur le poste de « directeur du développement durable» ?

Son rôle est primordial. Il a une activité transversale au sein de l’entreprise. Il agit dans tous les secteurs. Pour qu’il soit efficace, il doit dépendre exclusivement du président. Sans intermédiaires ! Afin de conserver tout pouvoir de proposition. Sa mission relève du chemin de croix ! Il doit faire face à une bagarre interne de tous les instants, en justifiant son rôle et sensibilisant ses collaborateurs, souvent peu concernés. Sa mission revient à inventer de nouveaux process adaptés à son entreprise. Il s’agit d’un véritable créateur.


Qui sont ces directeurs de développement durable ?

On ne dégage pas de profil type. Ils viennent d’horizons différents. Il peut s’agir de promotions internes ou de solutions extérieures. Qu’il soit, directeur de la communication, DRH, responsable qualité, il doit par-dessus tout connaître l’entreprise et la législation afin de pouvoir intégrer les mesures vertes dans le fonctionnement de l’entreprise.


« Les enseignes ont de la volonté mais ne vont pas au bout »


Certaines pratiques tendent à décrédibiliser les entreprises qui s’investissent. Où en est-on avec le « greenwashing », un écologisme de façade habillé par le marketing ?

J’ose espérer que ce genre d’habitude disparait progressivement. Il y a quelques années, nous étions plus largement confrontés à ce problème. Aujourd’hui les entreprises ont pris conscience de l’importance du développement durable. Désormais, s’il y a « greenwashing » il s’agit plus de maladresses. Les enseignes ont la volonté de changer leur comportement mais ne vont pas au bout de la démarche, ou alors ne prennent pas le problème dans le bon sens. Ils pensent d’abord aux résultats, avant même les mesures à appliquer. Les simples effets d’annonce à but publicitaire deviennent des actes mineurs.


Quelle est la démarche idéale ?

Le développement durable ne concerne pas seulement l’écologie. Il s’agit d’une implication globale. Elle doit comprendre l’environnement, le social et le sociétal. Il faut arriver à combiner ces trois piliers.
Après au niveau des objectifs on peut avancer une réduction énergétique de 15 %, respecter la loi sur le pourcentage d’employés handicapés, suivre les consignes de sécurité ou encore agir sur le tri des déchets.


Quelles sont les actions menées par l’Association Génération Responsable ?

Notre club regroupe 50 enseignes sur les 1500 du marché. Autrement dit, nous essayons de sensibiliser les 1450 autres par des informations par e-mailings, des interviews et articles dans notre magazine Euphorie, des conférences-débats, des soirées Networking, des échanges, des partages …
Le Club Génération Responsable comporte des entreprises signataire de la charte d’engagement volontaire, qui a reçu l’aval du ministère de l’écologie. Ce texte comporte une base commune, mais les signataires pourront en plus appliquer des priorités individuelles.
Par ailleurs, nous avons mis en place plusieurs commissions afin de trouver des solutions. Il s’agit de projets pilotes, en collaboration avec nos enseignes, qui cherchent les bonnes pratiques de demain.


Quels sont vos projets pour 2010 ?

Nous allons distribuer notre GREENbusinessBOX (qui contient 2 films, 2 guides et une carte privilège) qui apporte des solutions « clés en main » aux entreprises, découpées en module. Après les expérimentations sur nos sites pilotes, nous donnons des solutions efficaces. A cela s’ajoute les conseils d’experts qui restent à la disposition des entreprises.