Tribune libre

Peut-on tout franchiser ?- P. Matagne

2013-04-15T01:23:00+02:0015.04.2013, 


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Sur les 1 600 réseaux environ recensés à ce jour, certains concepts peuvent paraître pour le moins exotiques. Si des métiers surreprésentés semblent évidemment avoir toute leur place parmi les enseignes qui se développent, d’autres ne démarrent pas ou disparaissent purement et simplement après quelques années d’une existence végétative… La seule et véritable question est : pourquoi ?

Peut-on tout franchiser ?
Crédits photo : EDNOC

L’interrogation mérite d’être posée en amont. Le principe même de la franchise consistant en la reproduction d’un savoir-faire ayant fait ses preuves, l’existence d’un pilote devrait suffire à rassurer tout candidat à la création d’entreprise. Dans la réalité, le constat est tout autre. La personnalité du futur franchiseur, les spécificités de son marché local ou de la conjoncture à un moment donné en font un cas trop particulier pour en faire un modèle universel.

La quasi-totalité des franchiseurs débutants est sincère et compétente, mais…

On sait que les réseaux de service et de commerce sont aujourd’hui presque aussi nombreux les uns que les autres. Pourtant, dans les deux catégories cohabitent des concepts éprouvés qui suscitent une vocation de franchiseur chez des professionnels n’ayant connu qu’une réussite unique ou ponctuelle. De toute façon trop limitée pour en faire un vrai pilote tel que l’exige le décret d’application de la fameuse loi Doubin. Ce dernier exige en effet « une présentation du réseau d’exploitants » qui doit comporter entre autres « la liste des entreprises qui en font partie avec l’indication pour chacune d’elles du mode d’exploitation convenu ». Le code de déontologie européen de la franchise va encore plus loin, qui exige de son côté : « Le franchiseur devra  avoir mis au point et exploité avec succès un concept pendant une période raisonnable et dans au moins une unité pilote avant le lancement du réseau ». Voilà qui est clair.


Les jeunes réseaux prennent-ils toujours la précaution de réaliser un audit préalable de leur concept avant de le lancer ?

A cette question cruciale, la réponse est trop souvent non. Et pourtant, combien d’enseignes disparues auraient trouvé dans les résultats d’une telle étude les réponses à des questions devenues rapidement d’insurmontables obstacles pour leurs premiers membres ? Alors même que leur propre succès rendait leur modèle valable et reproductible, leur expérience limitée de la constitution et de l’animation d’un réseau les privait, eux et leurs premiers franchisés, de toute chance concrète de réussite en tant que franchise pérenne.


Les précautions élémentaires

Une première et évidente précaution consiste pour le jeune patron du futur réseau à se poser les bonnes questions :

  • Ai-je réellement les moyens financiers et humains de développer une enseigne régionale ou nationale ? Trop de jeunes enseignes entendent en effet financer leur développement grâce à l’encaissement des premiers droits d’entrée, ce qui représente un risque réel pour les deux parties, franchiseur et franchisé. En réalité, La période qui sépare la création du modèle de la signature des contrats initiaux nécessite une trésorerie, des aides et/ou un financement parfois conséquent. Comment le jeune prétendant à la création d’un réseau entend-il en effet disposer des moyens d’étudier les aspects juridiques préliminaires de son réseau (contrat, DIP et Manuel Opératoire) ? Va t-il mener seul son projet de front en plus de son unité pilote ou doit-il recruter des collaborateurs, animateurs et développeurs ? De quels budgets de communication dispose t-il ? Autant de questions primordiales à se poser en amont.
  • Mon concept est-il réellement formalisé ?
  • Mon business model est-il fiable ?
  • Ai-je déjà des concurrents potentiels sur mon secteur d’activité ?
  • Les conditions financières d’accès à mon réseau sont-elles justifiées ?
  • Mon savoir-faire est-il transposable partout où j’ai l’ambition d’implanter ma marque ?
  • Ma marque et mon logo sont-ils suffisamment protégés en amont ?
  • Ai-je une maîtrise suffisante du cadre juridique de la franchise (loi Doubin, Code de déontologie européen, règlement d’exemption, etc…) ?

Qui peut devenir franchiseur et pour quoi faire ?

En réalité, tout le monde peut devenir franchiseur et dans tous les domaines à condition de valider chacun des aspects indispensables au lancement officiel de l’enseigne, et notamment les questions du chapitre précédent. A condition de ne jamais oublier que la franchise, aussi, est un métier à part entière avec ses exigences et ses impératifs. Cette étape de validation incontournable est de la responsabilité de la tête de réseau elle-même avant d’envisager d’intégrer son premier affilié. Une condition sine qua non dont se dispensent encore aujourd’hui trop de jeunes franchiseurs dont la bonne foi ne peut être mise en cause pour autant.

Peut-on tout franchiser ou non ?

Au risque de paraitre un peu provocateur, la réponse est : oui, mais pas n’importe comment. Question de méthode en vérité. Il convient que chacun prenne juste le temps de ne brûler aucune étape et de respecter « la loi et l’ordre ». Tout un programme…

Patrice Matagne, ResoAgency
Crédits photo : Droits réservés

L’auteur

Après plus de vingt années passées en franchise puis à la direction de différentes enseignes, Patrice Matagne est aujourd’hui le président du cabinet ResoAgency, spécialisé dans le conseil aux réseaux dans les domaines du développement, de l’animation et de la communication.


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