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Installer son commerce en gare : une bonne idée ?

2018-09-10T06:00:00+02:0010.09.2018, 


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La question de l’emplacement est primordiale pour une enseigne quel que soit son secteur. Et ces dernières années, le boom du commerce dans les zones drainant un important passage comme les gares et les aéroports, est incontestable.

Ouvrir un commerce en gare
Crédits photo : Shutterstock.com

Un chantier à 150 millions d’euros pour rénover et, surtout, booster les revenus tirés des surfaces commerciales en ouvrant 300 000 m² supplémentaires : tel est l’enjeu du projet de la SNCF pour la gare Montparnasse d’ici 2023. Idem pour la gare du Nord, qui voit passer chaque année quelque 200 millions de visiteurs et qui sera dotée d’ici 2023 d’un étage supplémentaire, passant ainsi de 36 000 à 110 000 m² de surface. Et pour la gare d’Austerlitz aussi, la SNCF prévoit de mettre sur la table « 700 millions d’euros pour bâtir 26 600 m² d’espaces commerciaux », relève Xerfi*. Avant elles, c’est la gare Saint-Lazare qui a mis le paquet sur la rénovation et les commerces. Il faut dire que la SNCF y trouve son compte en termes de redevances. Et les commerçants ?


8 milliards d’euros de recettes d’ici 2020

Le commerce en gare rapporte plus qu’on ne pourrait le croire. Il pèse actuellement 1,5 milliard d’euros, ce qui est encore moitié moins que dans les aéroports, mais la croissance est bien là. Les recettes générées par les commerces en gares gagnent en effet progressivement du terrain et, à ce rythme, « elles pourraient atteindre les 8 milliards d’euros d’ici 2020 », rapportent les Echos. « Avec la professionnalisation du métier de la gestion des espaces commerciaux en gares, ces dernières représentent une alternative de diversification qualitative à moindre risque pour les enseignes, commente Magali Marton, directrice des Etudes chez Cushman & Wakefield**. A l’heure où les modèles traditionnels sont remis en question, les perspectives d’implantation en gares sont intégrées de fait aux stratégies d’expansion d’un nombre croissant d’enseignes. » C’est notamment le cas de Bagel Corner. Cette enseigne de restauration rapide a ouvert ses premiers points de vente en gare en 2017 et 2018, à Rennes. Pour s’adapter aux contraintes des lieux, l’enseigne a opté pour un format kiosque et en a confié les clés à un franchisé. Une implantation éphémère qui entre dans la nouvelle stratégie de Bagel Corner de miser sur les zones de flux, dont les gares.


Les avantages et inconvénients d’ouvrir son commerce en gare

On l’aura compris, un commerçant qui choisit de s’implanter dans une gare dynamique a de fortes chances d’avoir un chiffre d’affaires plus élevé qu’ailleurs grâce à l’attractivité naturelle de son emplacement. Et c’est d’autant plus intéressant du point de vue de la rentabilité du point de vente que pour s’adapter aux contraintes de la gare, les magasins occupent généralement une surface moins importante. « Les boutiques des gares, en moyenne plus petites qu’en centre commercial, peuvent générer des chiffres d’affaires au mètre carré de 50 % à 80 % plus élevés », note ainsi Cushman & Wakefield.

Un tel avantage n’est bien entendu pas sans contrepartie pour le commerçant. En effet, ce dernier devra composer avec des conditions de location des murs plus flexibles qu’ailleurs. Les contrats sont de courte durée – environ sept ans – et portent sur l’occupation temporaire des lieux. Il n’est ici pas question de fonds de commerce et ce n’est pas un bail commercial classique qui s’applique. Pour avoir le droit de s’installer, le commerçant doit répondre à un appel d’offres et tenter de décrocher un contrat de concession dont la durée varie généralement entre cinq et dix ans. Une fois en activité, il devra verser une redevance – et non un loyer – calculée en pourcentage du chiffre d’affaires.

*Etude « Les aéroports, gares et aires d’autoroute, nouveaux temples de la consommation ?», Xerfi-Precepta, juin 2018.
**Etude « Les commerces en gare ont le vent en poupe », Cushman & Wakefield, juillet 2018.

Jennifer Matas