Rencontre Expert

A.-P. Bahuon (Creatis) : « L’expert-comptable, le confident du chef d’entreprise »

2009-08-17T17:31:00+02:0017.08.2009, 


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Pour accompagner un entrepreneur dans sa création et son développement, l’expert-comptable peut s’appuyer sur son propre cursus technique : juridique, financier, comptabilité et gestion. Le conseil payant de l’expert-comptable doit redevenir une valeur, et non plus être considéré comme un coût. Ce qui implique un développement de la relation interpersonnelle avec l’entrepreneur.

André-Paul Bahuon, Creatis
Crédits photo : DR
André-Paul Bahuon, président du cabinet d'experts-comptables Creatis.

A coût standard, prestation standard

Dans une société habituée à la gratuité, le conseil de l'expert-comptable est aujourd'hui vécu comme une fonction contrainte plutôt qu'une valeur ajoutée. « Nos prestations sont le plus souvent proposées sous forme d'un package, correspondant au coût qu'est prêt à payer un entrepreneur pour ce type de service. D'où une offre standard pour un prix standard – généralement déterminé d'avance par les réseaux – et donc… des conseils standards ! L'expert-comptable délivre alors un produit "customisé" », explique André-Paul Bahuon, président du cabinet Creatis. C'est-à-dire un produit modifié de manière à ce qu'il soit personnalisé et corresponde à la demande spécifique de l'entrepreneur.


Moment de recul nécessaire

« Le conseil payant de l'expert-comptable doit redevenir une valeur, et non plus être considéré comme un coût. S'il est perçu comme un coût, l'entrepreneur ne distingue plus l'action à mettre en œuvre du conseil, ce qui banalise l'intervention de l'expert-comptable », affirme André-Paul Bahuon. Or, l'expert-comptable ne peut retrouver toute sa valeur qu'au travers du développement de sa relation interpersonnelle avec l'entrepreneur. En effet, pour donner toute sa dimension à des prestations élémentaires - comment accroître des recettes, mobiliser l'efficience d'une entreprise, optimiser les charges, aider au management -, il doit s'imprégner du « terrain », revenir à la nécessité de l'humain, parler à son client pour se comprendre.


Repartir sur de bonnes bases…

« Les franchisés ne sont pas des machines. Ce n'est qu'en prenant le temps de se rendre sur le terrain, de sentir un environnement ou une gamme de produits et services, que l'expert-comptable peut réaliser un travail d'écoute du client, déceler les points de dérapage dans l'organisation de l'entreprise et définir les réflexes de bon sens à adopter en s'appuyant sur son cursus technique - juridique, financier, comptabilité et gestion - », insiste André-Paul Bahuon. L'expert-comptable intervient ainsi sur la vie du point de vente, la relation avec le franchiseur« Notre analyse peut même aller jusqu'à remettre une partie du concept en cause. Par exemple, lorsque cela génère des coûts impossibles à supporter par le chef d'entreprise franchisé, tels qu'une marge trop juste entre prix de vente et prix de revient. Notre rôle est de trouver des solutions à des situations qui sont source de difficulté pour l'entrepreneur », ajoute André-Paul Bahuon.


… Ou éviter l'erreur de casting

Ce travail en profondeur, fait de rigueur et de recommandations, permet également à l'expert-comptable d'affirmer à son client qu'il n'est pas forcément fait pour devenir franchisé, malgré toute son envie, son énergie et ses projets de vie. Cette intervention en amont d'une décision de création d'entreprise permet à l'entrepreneur de s'en sortir sans beaucoup de pertes financières, et n'est en aucun cas contre-productif pour le franchiseur, pour lequel tout nouveau franchisé représente un investissement et un risque.

Référent extérieur neutre

L'intervention d'un expert-comptable ne se résume donc pas à celle d'un technicien avisé au service du franchisé. « Par sa place au cœur de l'entreprise, l'expert-comptable a le potentiel pour échanger dans une forme de neutralité avec l'entrepreneur. Il favorise, par exemple, la verbalisation des problèmes entre associés d'une même société. Ou s'avère un interlocteur autorisé vis-à-vis du franchiseur. Ce n'est qu'avec la confiance de l'entrepreneur que l'expert-comptable définit des programmes d'actions efficaces pour l'entreprise. Il reste un référent extérieur neutre, sans devenir un psychothérapeute pour l'entrepreneur. Il faut savoir déclarer son seuil de compétence !», prévient André-Paul Bahuon.


Un accompagnement directionnel, qui n'est pas une nébuleuse

« Toute cette approche, fondée sur la relation interpersonnelle, exige du temps, donc de l'argent, et une réglementation de ces rapports pour l'entrepreneur. C'est pourquoi j'ajoute dans mes contrats d'expert-comptable un chapitre « Accompagnement directionnel ». Je mets une valeur financière en face d'une journée d'accompagnement directionnel, et ce moment sera exclusivement réservé au dialogue. L'expert-comptable doit définir son service à travers des objectifs – et non des résultats - à atteindre, tout en explicitant les tenants et les aboutissants de son travail au chef d'entreprise », précise André-Paul Bahuon. Depuis décembre 2008, l'expert-comptable a l'obligation d'établir une lettre de mission (cadre déontologique), qu'on appellerait devis dans d'autres professions.


L'expert-comptable : indispensable au franchisé

« Tout entrepreneur indépendant est confronté à la nécessité de satisfaire la clientèle et d'observer la concurrence. En franchise, il a de plus des obligations à mettre en œuvre et respecter, dont la contrepartie est son épanouissement professionnel. Il faut éviter au franchisé toute autre élément exogène pour qu'il ne craque pas. Ce que peut lui permettre l'expert-comptable, quand il devient son confident », conclut André-Paul Bahuon.