Bilan 2014

Le commerce associé continue de gagner du terrain

2015-05-22T06:00:00+02:0022.05.2015, 


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Positive mais plus modérée, la croissance du commerce coopératif et associé en 2014 rassure le secteur. Toutefois, le projet de loi Macron sème le doute pour les années à venir.

Bilan du commerce coopératif
Crédits photo : Dragon Images/Shutterstock.com

Des indicateurs au vert

Le bilan est à nouveau satisfaisant pour les coopératives et enseignes du commerce associé, selon les chiffres annuels révélés le 20 mai par la Fédération du commerce coopératif et associé (FCA). En 2014, ces groupements ont en effet enregistré une croissance légèrement supérieure à 1 %, là où le commerce de détail devrait croître d’environ 0,4 % au global. En volume, cela représente tout de même un chiffre d’affaires de 143,5 milliards d’euros, soit 30,5 % de parts de marché. « Le commerce coopératif et associé s’inscrit dans le long terme et poursuit sa progression, malgré un contexte atone », estime Eric Plat, président de la FCA et PDG du groupement Atol les Opticiens. Surtout, il fait mieux que le marché, et ce depuis plus de dix ans, avec une croissance positive et systématiquement supérieure à la tendance générale. Parmi les secteurs les plus dynamiques, la FCA cite l’alimentaire, et particulièrement le bio qui a le vent en poupe, ainsi que le segment du jouet. Inversement, les produits culturels traversent « une période compliquée ».

Près de 640 entrepreneurs ont rejoint une enseigne du commerce coopératif et associé l’an dernier, et le parc de magasins s’est agrandi de 1 200 points de vente, fermetures comprises. Ces commerçants indépendants sont 46 % à avoir transformé leur point de vente en rejoignant une enseigne du commerce associé, 28 % à avoir créé leur commerce, et 26 % à avoir repris une entité existante. « Les transmissions d’entreprises représentent actuellement une composante importante », précise Alexandra Bouthelier, déléguée générale de la FCA. « De nombreuses opportunités de reprises arriveront dans les années à venir », ajoute-t-elle.


Les franchisés et la loi Macron
Crédits photo : Frederic Legrand - COMEO/Shutterstock.com
Emmanuel Macron, ministre de l'Economie.

L’ombre de la loi Macron

Une ombre vient cependant noircir ce tableau : le projet de loi Macron. Depuis l’introduction de l’amendement Brottes, la FCA et la Fédération française de la franchise (FFF) sont vent debout contre le texte. « Nous sommes dans l’incompréhension totale », affirme même Alexandra Boutehlier, qui regrette ce pas en arrière de la part du gouvernement, après avoir voté la loi Hamon, plus favorable au commerce coopératif. Deux points sont principalement dénoncés par la FCA : l’obligation pour les contrats d’affiliation de ne pas dépasser une durée de 9 ans, et la tacite reconduction réputée non écrite. Ce dernier point apporterait une « lourdeur administrative supplémentaire », selon Eric Plat, qui craint que les envies d’entreprendre et de développer ne soient freinées par de telles réglementations. Une décision que le président de la FCA juge d’autant plus inutile qu’il existe déjà « la révision coopérative, obligatoire tous les 5 ans ».

Mais c’est surtout le premier point qui fâche les porte-paroles du commerce associé. Car il menacerait les capacités d’investissements à long terme des réseaux coopératifs et associés, selon la FCA (lire à ce sujet l’exemple d’Atol et de sa structure de financement interne), qui pointe des durées d’amortissements importantes dans le secteur. Dans une lettre ouverte adressée au ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, le président de la FCA rappelle qu’ « en ciblant spécifiquement les groupements de commerçants, [le texte de loi] épargne les structures capitalistiques intégrées, et [leur] offre de fait un avantage comparatif déloyal ». Aussi, la FCA demande une étude d’impact avant de voter le texte tel quel, et espère que la décision des sénateurs – qui ont rejeté à l’unanimité l’amendement fin avril – l’emportera. Une commission mixte paritaire en discutera le 3 juin. En cas de non accord, le texte fera à nouveau la navette entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Avec le risque que le dernier mot ne soit donné par le gouvernement à l’Assemblée. « Pour le moment, nous préférons ne pas y croire », conclut Eric Plat.

Jennifer Matas