La coopérative des années 1950 à nos jours : un modèle ancré dans le local

2012-05-29T14:00:00+02:0029.05.2012, 


imprimer

Légitimé par la loi en 1947, le modèle de la coopérative s’est rapidement développé dans le secteur de la distribution. Après plusieurs années de crise entre 1960 et 1990, il a de nouveau le vent en poupe, porté par son fort ancrage territorial et son image de proximité avec le consommateur.

Coopérative
Crédits photo : Shutterstock.com

65 ans d’histoire

Votée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans un contexte d’aspiration à la démocratie économique et sociale, la loi du 10 septembre 1947 donne un cadre légal aux coopératives. Elle établit notamment le principe « un homme, une voix », les droits égaux dans la gestion et la libre-adhésion. Cette forme d’entreprise devient de plus en plus répandue, et alors qu’elles se développaient historiquement dans les secteurs agricoles et bancaires, les coopératives font une entrée remarquée dans le milieu de la distribution. Jusque dans les années 1960, elles forment un réseau dense de magasins de proximité, et créent les premières centrales d’approvisionnement communes. Elles connaîtront pourtant une grave crise entre les années 1960 et 1990, trop lentes à s’adapter aux changements du secteur face au modèle tout-puissant de l’hypermarché. Les coopératives reprennent des couleurs depuis quelques années, et grâce au fort ancrage territorial des commerçants, elles sont devenues des acteurs économiques actifs dans les régions où elles sont implantées. Le modèle séduit, et le ralentissement économique des cinq dernières années a fait naître un retour à la proximité qui favorise le commerce associé.


Une économie en mouvement

La crise économique amorcée en 2007 a effectivement conduit à la perte de nos repères économiques, due à la « virtualisation sans cesse plus grande des échanges économiques », et au « capitalisme financiarisé », explique Elie Cohen, économiste, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po. Les années 1980 et 1990 avaient vu évoluer le modèle de l’entreprise vers une structure dématérialisée, dont l’objet principal était devenu la maximisation du retour sur investissement pour les actionnaires. « La crise a remis en cause ce modèle du capitalisme, constate l’économiste. De nos jours, les salariés ont des exigences démocratiques, un besoin de reconnaissance individuelle, et valorisent les activités éthiques. » Les valeurs défendues par les coopératives s’inscrivent dans l’évolution des acteurs économiques, et de leur environnement, profondément bouleversé par la dématérialisation des activités. « L’économie française est de moins en moins industrielle et intense en capital, et devient une économie de la connaissance et de l’immatériel », souligne l’économiste. Un changement d’essence idéal pour le développement de coopératives, qui se développement de plus en plus dans les secteurs du commerce et des services. Aujourd’hui, 28,5 % des activités de commerce de détail sont d’ailleurs développés par des enseignes du commerce associé .


Un capital patient

Ainsi, dans un monde où les citoyens ont été déçus de l’ultra-financiarisation de l’économie, la coopérative convainc par le principe de primauté de l’homme sur le capital. Basé sur la démocratie, « le modèle coopératif implique un capital patient », explique Elie Cohen. Pas besoin, donc, de retour sur investissement immédiat : un avantage certain quand on sait que le taux d’autofinancement des entreprises françaises est de « 67 %, contre 120 % pour nos voisins allemands », constate l’économiste. Le besoin de recourir aux banques pour se financer est donc très important, mais « les sources de financement classiques se tarissent. Restent le recours au financement public et le groupement », conclut Elie Cohen. Très ancrées localement, les coopératives jouissent des deux avantages : la mutualisation des coûts à travers leur structure commune, et l’appui des collectivités locales et territoriales.

« Un modèle solidaire » : le point de vue du philosophe André Comte-Sponville

« Nous avons besoin d’entreprises performantes plus que d’associations humanitaires, de solidarité davantage que de charité », énonce André Comte-Sponville, philosophe français. Cela tombe bien, puisque les coopératives s’inscrivent, comme toute entreprise, dans le capitalisme : « Le capitalisme fonctionne à l’égoïsme, c’est pourquoi il fonctionne si fort. » Ainsi, la solidarité observée entre deux acteurs économiques ne tient qu’à la seule condition que chacun y trouve son intérêt. Contradiction avec le modèle du commerce associé ? Aucunement, selon le philosophe, puisque le contraire de l’égoïsme est la générosité, et non la solidarité. Et que les coopératives reposent sur cette solidarité, cette convergence des intérêts qu’André Comte-Sponville résume si bien en ces mots : « être efficace ensemble et intelligemment, plutôt que bêtement les uns contre les autres. »

Propos recueillis aux Rencontres du commerce associé

Camille Prigent