Intégrer une démarche « zéro déchet » dans sa franchise : opportunité ou contrainte ?

Face à l’urgence environnementale et à la pression croissante des consommateurs pour des pratiques plus durables, le concept de « zéro déchet » s’impose comme une tendance de fond dans l’univers du commerce. Pour les franchiseurs, intégrer cette démarche à leur concept et l’étendre à leur réseau peut sembler ambitieux, voire contraignant. Pourtant, loin d’être une simple charge supplémentaire, le zéro déchet peut devenir un véritable levier de différenciation, de performance économique et d’attractivité. 

Pourquoi envisager une stratégie zéro déchet dans son réseau de franchise ? 

La transition vers une démarche zéro déchet ne relève plus du simple militantisme écologique. Pour un franchiseur, elle peut répondre à plusieurs objectifs stratégiques. 

D’abord, elle permet de répondre à une attente sociétale de plus en plus forte. Selon une étude de GreenFlex et de l’ADEME (Baromètre de la consommation responsable, 2023), 78 % des Français déclarent vouloir consommer de manière plus responsable, et 68 % se disent prêts à changer de marque si une autre propose une offre plus durable. Intégrer une politique zéro déchet peut donc clairement renforcer l’image de marque du réseau, fidéliser une clientèle exigeante, voire en conquérir une nouvelle. 

Ensuite, la réduction des déchets est aussi synonyme d’économies potentielles. Moins de gaspillage, c’est moins d’achats inutiles, moins de coûts de traitement et d’élimination, et parfois même des sources de revenus additionnels (valorisation des invendus, circuits de réemploi, etc.). Sur le plan économique, la boucle peut donc être vertueuse. 

Enfin, sur le plan réglementaire, anticiper les obligations environnementales permet d’éviter des sanctions et d’être mieux armé face aux évolutions légales. La loi AGEC (anti-gaspillage pour une économie circulaire) impose déjà des mesures contraignantes, notamment sur la gestion des invendus, l’usage du plastique ou encore l’information des consommateurs. En s’engageant dans une démarche zéro déchet, le franchiseur prend de l’avance. 

Quels avantages pour le réseau de franchise ? 

Le zéro déchet, lorsqu’il est intégré à un concept, peut renforcer l’unicité du modèle économique du franchiseur, tout en contribuant à sa pérennité. Voici plusieurs intérêts stratégiques concrets. 

Une différenciation forte dans un marché concurrentiel 

Dans de nombreux secteurs — restauration rapide, épicerie vrac, cosmétique, distribution spécialisée — les consommateurs cherchent des marques qui incarnent de réelles valeurs. Un concept pensé autour du zéro déchet (ou intégrant fortement cette dimension) devient ainsi un marqueur fort de différenciation. C’est le cas par exemple des enseignes Day by Day, Le Drive tout nu ou encore Slow Cosmétique, qui ont fait du zéro déchet leur ADN. 

Une attractivité renforcée auprès des franchisés 

Les candidats à la franchise, et notamment les nouvelles générations d’entrepreneurs, sont de plus en plus attentifs aux engagements éthiques des enseignes. En adoptant une démarche responsable et engagée, le franchiseur peut séduire des profils motivés, cohérents avec les valeurs de l’enseigne, et donc plus impliqués dans la réussite du projet. 

Un levier d’innovation 

Le zéro déchet pousse à repenser ses approvisionnements, ses modes de production, son marketing, ses relations avec les fournisseurs et avec les clients. Cette remise en question peut déboucher sur des innovations intéressantes, de nouveaux services (consignes, réemploi, location, abonnements) ou des partenariats inédits avec des acteurs de l’économie circulaire. 

Comment intégrer le zéro déchet dans son concept de franchise ? 

Il ne suffit pas d’apposer un label ou d’interdire les sacs plastiques pour parler véritablement de zéro déchet. La démarche doit être globale, structurée, et cohérente avec le positionnement de l’enseigne. Elle implique à la fois des choix stratégiques, des outils concrets et une mobilisation du réseau. 

1. Repenser le concept et ses process 

Tout commence par un audit des déchets générés par l’activité. Cela concerne les emballages fournisseurs, les invendus, les déchets liés à l’activité (cartons, plastiques, biodéchets), mais aussi les outils marketing, le mobilier, ou encore les consommables administratifs. 

Cet état des lieux permet ensuite de retravailler les process : sourcing de produits en vrac ou consignés, mise en place de réemploi, réduction des supports jetables, formation des équipes à l’optimisation des ressources, etc. 

2. Intégrer le zéro déchet dans le manuel opératoire 

Pour un franchiseur, le véritable enjeu est de systématiser et standardiser les pratiques, afin qu’elles soient duplicables dans chaque point de vente. Le manuel opératoire doit donc intégrer les bonnes pratiques liées à la gestion des déchets, les critères de choix des fournisseurs, les consignes de tri et de réutilisation, etc. 

3. Mobiliser et accompagner le réseau 

Instaurer une démarche zéro déchet demande un vrai changement de culture. Il est donc essentiel d’accompagner les franchisés par de la formation, des outils pédagogiques, des indicateurs de suivi et du partage de bonnes pratiques. Certaines enseignes choisissent de nommer des « référents RSE » dans chaque point de vente, ou de mettre en place des challenges internes pour stimuler l’engagement. 

Quels investissements prévoir côté franchiseur ? 

La transition vers le zéro déchet représente un coût, mais celui-ci doit être mis en balance avec les bénéfices attendus. Les principaux investissements se répartissent de la manière suivante : 

Poste de dépense Détail 
Audit environnemental Intervention d’un cabinet ou d’un expert pour cartographier les flux. 
Refonte du concept Re-design des packaging, mobilier, process, sourcing alternatif. 
Développement d’outils spécifiques Ajouts au manuel opératoire, fiches techniques, supports de formation. 
Formation du réseau Sessions de sensibilisation, e-learning, coaching de terrain. 
Communication et marketing Création d’une charte « zéro déchet », communication externe. 
Adaptation logistique Négociation avec les fournisseurs, intégration de la consigne, etc. 

Ces investissements initiaux peuvent être rentabilisés en 2 à 3 ans, notamment grâce aux économies générées sur les déchets, à l’attractivité commerciale accrue et à une meilleure fidélisation client. 

Opportunité ou contrainte ? Le verdict pour le franchiseur 

Au final, tout dépend de la manière dont la démarche est menée. Si elle est vécue comme un simple surcoût ou une obligation réglementaire, elle risque de créer de la résistance, notamment auprès des franchisés. En revanche, si elle s’intègre de manière cohérente à l’identité de l’enseigne, avec un pilotage sérieux et une vraie valeur ajoutée pour le client, elle devient clairement une opportunité. 

Le franchiseur qui s’empare du zéro déchet peut non seulement anticiper les futures contraintes réglementaires, mais aussi bâtir une marque forte, engagée et en phase avec son époque. Dans un contexte où la franchise doit sans cesse se réinventer pour séduire consommateurs et candidats, intégrer l’écoconception, la réutilisation et la sobriété dans le cœur du concept apparaît comme un choix stratégique pertinent.

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