Tribune libre

La franchise libérée

2018-06-27T10:40:00+02:0027.06.2018, 


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Le monde de l’entreprise est en mutation ; la tendance des systèmes d’organisation à opter pour une forme d’autonomie collaborative des salariés doit conduire à tirer les bons enseignements pour les systèmes de franchise.


Crédits photo : shuterstock.com

Le concept assez nouveau d’entreprise libérée a bien des points communs avec la franchise. Il consiste à laisser une large marge de manœuvre aux salariés qui s’auto-dirigent en partie et jouissent d’un espace de liberté sans être gênés par des directives ou des contrôles importants. Les salariés sont plus impliqués au travail ; ils donnent plus de sens à leur mission ; le poids et l’immobilisme de la hiérarchie habituelle tombent au profit d’une réactivité du salarié pour s’adapter à toute situation inédite ; la responsabilité de petits groupes de travail est favorisée, cela profite à la bonne entente entre salariés. Complémentaires, ils peuvent s’entraider efficacement. Impliqués, ils font plus de suggestions et favorisent l’innovation dans l’entreprise.

Cette forme de gestion a fait ses preuves aujourd’hui, même si certains craignent des dérives qui émaneraient de collaborateurs dominants profitant des plus faibles, ou engendrées par un stress lié à la responsabilisation accrue de chacun.

En pratique, le procédé exige quelques clés pour réussir ; la gestion libérée suppose des salariés éclairés ; la formation doit être permanente et pertinente. Tout doit tendre à faciliter le travail, sur place ou à distance, pour faire grandir les collaborateurs et par suite l’entreprise. La mise en place de groupes de travail indépendants œuvrant en toute convivialité renforcera les qualités de chacun et son attachement à l’entreprise.

L’ère nouvelle, collaborative, concerne tant le consommateur que les entreprises. Chacun veut être acteur et l’implication est efficiente et positive. Les préconisations liées à la gestion libérée rappellent fortement les stratégies rencontrées dans la franchise où la participation des franchisés dans l’évolution des savoir-faire de chaque réseau s’est multipliée efficacement avec le développement des commissions de travail, devenues incontournables.

La tendance collaborative à tous endroits, cette volonté de chacun de ne pas être un maillon neutre, d’apporter sa contribution au groupe en ayant une marge d’autonomie, n’a sans doute pas été étrangère au succès de la franchise.

Les franchiseurs peuvent désormais cibler les bons vecteurs de communication pour faire franchir à nombre de salariés le pas de la franchise. Le salarié éclairé pourra être d’autant plus incité et séduit qu’on lui présentera un concept de franchise qui évolue dans le même sens. Certes, pas un réseau sans règle, allant à vau-l’eau ; mais un franchiseur avec une stratégie de gestion où les franchisés doivent avoir un rôle actif aussi bien pour les suggestions d’évolution du savoir-faire que pour le contrôle de l’adéquation de chaque maillon aux règles du réseau.

Sans pour autant perdre la maîtrise du réseau, le franchiseur leur déléguera utilement une partie des tâches dites invasives (peu compatibles avec l’autonomie voulue des franchisés). Efficace en soi, le système renforce la séduction des nouveaux candidats au réseau, sensibles à la liberté, l’implication et la reconnaissance.

Dans un tel contexte, le droit du travail qui s’immisce parfois dans la relation de franchise pour sanctionner une attitude trop dirigiste du franchiseur n’aura plus sa place. Mieux, les franchisés cherchant à faire supporter leur échec par le franchiseur en invoquant subitement un éventail de griefs en général liés à la prétendue « toute puissance » du franchiseur seront beaucoup plus facilement renvoyés à leurs propres erreurs.

L’équilibre et l’harmonie qui en résulteront pourront nourrir un vivier de nouveaux candidats à la franchise.

Ce texte est publié sous la responsabilité de son auteur. Son contenu n’engage en aucun cas la rédaction des Echos de la franchise.


Crédits photo : Hubert Bensoussan, avocat spécialiste de la franchise.
L’AUTEUR

Avocat spécialisé depuis plus de vingt ans dans les systèmes de franchise et assimilés, Hubert Bensoussan est le fondateur du cabinet Hubert Bensoussan Avocats. Auteur de l’ouvrage « Le droit de la franchise » (Editions Apogée) et de nombreux articles, il enseigne la franchise notamment à l’université de Haute-Alsace. Hubert Bensoussan est membre du comité scientifique de la Fédération française de la franchise.

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