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Commerces : Paris devance Londres, Lyon et Marseille

13.02.2012, source : Les Echos.fr

La crise n’affecte pas le dynamisme des commerces parisiens. Avec, en moyenne, 101 commerces pour 10.000 habitants, l’offre de la capitale est largement supérieure à celle des villes de province.

Qu’importe la crise, l’explosion des loyers, et même la poussée des centres commerciaux en Ile-de-France : Paris demeure la capitale du shopping. Selon une étude de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) la capitale a une nouvelle fois fait la preuve en 2011 de sa bonne santé commerciale avec 61.232 boutiques, soit 4 millions de mètres carrés. Moins nombreux qu’en 2007 (-907), les commerces sont en contrepartie plus vastes : « L a surface consacrée à la vente ne diminue pas », note l’Apur. Plus la boutique est grande, plus la probabilité est forte qu’elle appartienne à une enseigne (20 % du marché).

Sans surprise, les magasins « bobos » (bio, spas, restaurants de sushis, et autres cavistes et torréfacteurs) ont le vent en poupe depuis quatre ans alors que le commerce de gros, les magasins de meubles, de téléphonie de livres ou de journaux régressent. Le petit commerce alimentaire, cher à l’histoire parisienne, semble à peu près préservé : depuis 2007, seules 36 boulangeries sur 1.209 ont fermé ainsi que 10 % des 600 boucheries et des 1350 libraires, papetiers et marchands de journaux. « Aucune ville française n’affiche une telle offre par habitant, sauf Nice, s’agissant des commerces alimentaires », souligne Lyne Cohen-Solal, l’adjointe au maire chargée du dossier.


Intérêt mondial et pôles parisiens

La capitale fait la différence sur le commerce non alimentaire : pour 10.000 habitants on recense 10 librairies à Paris contre à peine 3 à Lille et 4 à Nancy, 32 magasins de vêtements (20 à Marseille et 16 à Nantes), ou encore quatre bijouteries (deux à Bordeaux ou Lyon). A contrario, les hypermarchés, qui nécessitent une logistique importante, sont inexistants, laissant le champ libre aux supérettes, en particulier celles de l’enseigne Casino.


Compétitive, Paris l’est aussi comparée à Londres, avec 405 commerces au kilomètre carré contre 179 dans les 7 « boroughs » centraux. « A Londres, l’hyperconcentration du centre voisine avec des déserts commerciaux. A Paris, on trouve des commerces dans tous les quartiers », explique Lyne Cohen-Solal. Tous les pôles ne sont cependant pas d’ « intérêt mondial ». C’est le cas des Champs-Elysées, de Montmartre, Montparnasse, Saint-Michel, le Marais et Châtelet, mais non de Bastille, Nation ou Ternes, qualifiés de pôles « parisiens ».


Des objectifs selon les quartiers

L’Apur identifie aussi 70 marchés en plein air, 7 grands magasins, 2 très gros centres commerciaux. S’y ajoutent quelques zones hyperspécialisées (ethnique à la Goutte d’Or, informatique à Montgallet, gros dans le Sentier) contre lesquelles la mairie est entrée en guerre. Depuis 2004, son bras armé pour le maintien du commerce de proximité s’appelle Semaest. Une société d’économie mixte qui préempte des locaux et les reloue à des commercants avec des objectifs précis selon les quartiers : lutter contre la vacance commerciale (dans le Nord), la monoactivité (11 e), ou la disparition des librairies (5 e). Près de 120 commerces ont ainsi été rachetés, grâce à un budget de 87 millions d’euros. Une trentaine - les plus exposés - seront conservés : Paris a acté lundi la création d’une foncière avec la CDC.


En revanche, aucune réflexion n’est encore menée à l’échelle de la petite couronne, alors que les Parisiens, eux, n’hésitent pas à passer le périphérique pour s’approvisionner. « S’organiser entre villes a longtemps été compliqué. La taxe professionnelle nous poussait à la concurrence », reconnaît l’élue. Aujourd’hui, l’action de la Semaest intéresse certaines villes, notamment de province, qui voient la vitalité de leur centre menacée par les hypermarchés. Mais son action reste limitée, reconnaît Lyne Cohen-Solal. « Nous, élus, n’avons plus beaucoup de moyens d’action », regrette-t-elle, plaidant pour la création, sur le modèle canadien, de GIE de commerçants dotés de moyens grâce au reversement d’une partie de la taxe sur les hypermarchés.


Laurence ALBERT, Les Echos, 09/02/2012